Les Français prêts à financer l’économie productive, à côté de chez eux de préférence

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L’aversion au risque des Français dans leur comportement d’épargne serait due à leur méfiance vis-à-vis des banques et assurances, selon les résultats d’une enquête. En les aidant à se réapproprier l’utilisation qu’est faite de leur argent, en les incitant fiscalement, ils seraient prêts à financer l’économie productive, de préférence celle qui est à côté de chez eux.

« Les Français sont un peuple de fourmis, ils ont cette réputation », cadre d’emblée Guillaume-Olivier Doré, déjà connu dans le monde du capital investissement, qui lancera en septembre sa plateforme de produits d’épargne 100% digitalisée, avec l’idée de « faire un supermarché dans un univers de boutiques spécialisées. » Cette plateforme s’appelle Robin Finance, référence revendiquée à Robin des Bois puisque le courtier bordelais veut aider les Français, en leur fournissant une meilleure information, à reprendre le contrôle sur l’utilisation qu’est faite de leur épargne, ce qui, à les écouter, les inciterait à prendre plus de risques.

Protectionnisme économique

Parce qu’actuellement, l’épargne financière des Français – qui atteint 4.500 milliards d’euros, de quoi rembourser deux fois la dette du pays – est surtout motivée par la précaution, la bonne gestion, la moralité du bon père de famille ; elle est là pour pallier aux éventuels coups durs de la vie. C’est ainsi que l’on apprend, dans une enquête d’Opinionway commandée par Robin Finance, que trois Français sur quatre privilégient les produits d’épargne les plus sûrs – les moins rémunérateurs mécaniquement (alors que 89% des personnes interrogées se plaignent d’un rendement d’épargne trop faible) – au détriment donc du financement de l’économie productive. Aucune surprise. « Les Français, c’est culturellement le Livret A et le contrat d’assurance-vie », nous disait récemment Eric Bourguignon, responsable des comptes de tiers chez Swiss Life Asset Management. En revanche, ô étonnement !, ils seraient largement prêts à prendre plus de risques.

De l’enquête menée les 15 et 16 février, sur un échantillon de 1.038 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, les trois quarts des personnes interrogées ont émis le souhait de se réapproprier le choix des projets financés par leur épargne, et parmi eux 74% souhaiteraient donner un coup de pouce à des projets locaux ou régionaux, 69% à l’innovation en France et 65% aux projets porteurs d’un intérêt général (lignes de transports, infrastructures publiques…).

En fait, l’écrasante majorité des Français fustige l’opacité des assurances (88%) et des banques (85%) dans l’utilisation qu’est faite de leur épargne. Selon eux, leur bas de laine sert surtout à enrichir ces établissements qui l’utilisent pour financer leur activité (80%) ou pour spéculer sur les marchés financiers (69%). Pile ce que les Français souhaitent le moins financer… 8% seulement des personnes ayant répondu qu’elles souhaitaient choisir les projets financés par leur épargne l’orienteraient vers la spéculation financière, 11% vers l’activité des banques et 16% vers la dette de la France. Il y a donc une volonté des Français d’aider à la création d’emplois, « il y a chez eux cette notion de patriotisme économique », observe le sociologue Damien De Blic, auteur de Sociologie de l’argent, également présent à la présentation des résultats de l’enquête. Avec une prédilection pour les circuits-courts, l’économie de proximité, la lutte contre les gaspillages.

Des candidats à la présidentielle enfin concernés

Une fiscalité plus avantageuse (allègement des impôts, des prélèvements sociaux…), à en croire les résultats de l’enquête, convaincrait également les Français de choisir des produits d’épargne plus risqués (71%). Souvenons-nous d’ailleurs que « l’assurance vie n’a pas fonctionné tant que les incitations fiscales n’ont pas été mises en place », rappelle Guillaume-Olivier Doré. Avis aux candidats à l’élection présidentielle : 51% seraient favorables à la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune pour les épargnants qui financent les entreprises et 49% à l’exonération d’impôts pour ceux qui détiennent des actions d’entreprises. Ils sont 53% à vouloir rendre obligatoire l’utilisation d’une partie de l’épargne pour financer les entreprises françaises.

« C’est la première fois depuis 1974 que les candidats veulent favoriser le risque », se réjouissait récemment Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, lors d’un débat organisé par l’Association nationale des sociétés par actions sur la réforme de la fiscalité du capital pour relancer la croissance en France. Et la bonne nouvelle c’est que plus de trois Français sur cinq seraient incités à prendre plus de risque avec leur épargne s’ils avaient l’assurance de soutenir des projets qui créent des emplois en France. L’histoire est belle.  « C’est vrai que les Français mentent quand il est question d’argent, reconnaît Guillaume-Olivier Doré. Il y a une différence entre l’intention et le passage à l’acte, mais ce que nous avons mesuré ici c’est une tendance, et l’on voit que les Français viennent doucement à l’idée de prendre plus de risque avec leur épargne. » Après tout, dans l’environnement actuel de taux historiquement bas, voire négatifs, quitte à perdre de l’argent, autant que ce soit en prenant le risque de financer une entreprise.

Par Marjorie Encelot

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